L'ÂGE DES TÉNÈBRES




Les fausses sciences nous font régresser

Christian Magnan
Collège de France, Paris
Université de Montpellier II

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Une science fidèle à ses principes est seule susceptible de nous ouvrir à la réalité physique. Dans mon schéma de réflexion, qui, pour résumer les choses de façon très sommaire et quasi caricaturale, rapproche en quelque sorte le domaine théorique du masculin et le monde réel du féminin, je dirai que de même qu'il n'est pas possible de se passer des hommes, de même il n'est pas possible de rejeter la science, la vraie science, c'est-à-dire la théorie.

L'affirmation de la puissance de la science, comme seul mode d'accès à la réalité concrète et comme noeud de notre relation à l'Univers, est capitale. Face à cette puissance incontestable (qui n'a pas à se transmuer en pouvoir tyrannique), les fausses prétentions de doctrines parallèles se présentant comme des sciences sont dérisoires, affligeantes et condamnables comme offenses à la raison et à la dignité de l'être humain. À terme, elles représentent un réel danger pour notre monde social, intellectuel et culturel. Elles sont intolérables.

Il m'est impossible de pactiser avec l'astrologie, négation même de la puissance de la vraie science. S'il est vrai que le rapport de l'homme à son Univers matériel est difficile à élucider, la science a constamment progressé dans cette voie et nous a appris énormément de choses sur le cosmos et son histoire. L'astrologie prétend aussi élucider ce rapport, puisqu'elle s'intéresse à la soi-disant influence des astres sur les femmes et les hommes, mais ses réponses sont d'une pauvreté désolante car elle n'a absolument rien intégré du savoir patiemment acquis tout au long des âges. L'astrologie parle de la même façon depuis des siècles, alors que la vision de notre monde a totalement changé. Depuis la révolution copernicienne du XVII° siècle, le paysage scientifique s'est modifié : Copernic a suggéré que la Terre tournait autour du Soleil, et non l'inverse ; Képler a découvert la nature elliptique du mouvement des planètes ; Galilée a révélé la nature physique des astres ; Newton a fondé la science moderne. Mais l'astrologie n'a pas suivi : elle n'a hélas pas accompli sa révolution copernicienne.

Un premier coup sérieux contre la conception du monde héritée d'Aristote, et notamment le dogme de l'immuabilité des Cieux, fut porté par Tycho Brahé qui nota en 1572 l'apparition d'une étoile nouvelle. Premier Européen à repérer ce phénomène inouï, il conclut de cette observation que des changements pouvaient bel et bien survenir dans les Cieux, contredisant en cela l'ordre du monde aristotélicien selon lequel le domaine céleste, constitué de l'élément nommé « quintessence », était incorruptible par nature. En 1604, le monde fut témoin d'un événement similaire avec la naissance d'une autre étoile, - appelée « nova » en raison de sa nouveauté. Galilée lui-même put observer l'astre qui était apparu inopinément près de la constellation du Sagittaire et prononça quelques conférences publiques sur le sujet.

Cinq ans plus tard, ce savant construisait la première lunette astronomique du monde. C'est lui qui, grâce à ses découvertes, allait véritablement désacraliser l'Univers.

C'est en effet en utilisant cet instrument permettant de grossir les objets (de les rapprocher en quelque sorte) que Galilée a appris à l'humanité entière que les corps célestes, réputés parfaits et de nature quasi divine, étaient finalement constitués d'une matière analogue à celle de la Terre, quoique sous des états différents. Sur la Lune, Galilée découvrit des montagnes déchiquetées, montrant que l'astre n'était pas aussi lisse et régulier que l'aurait laissé supposer sa nature céleste : son sol ressemblait d'une certaine façon au nôtre. Il détecta sur le Soleil de « vulgaires » taches prouvant que cette autre sphère céleste ne possédait pas la perfection que lui accordaient les philosophes. Il s'aperçut que quatre Lunes tournaient autour de la planète Jupiter, ce qui indiquait que la Terre accompagnée de sa Lune n'était peut-être qu'une planète parmi d'autres et n'occupait pas une place privilégiée dans l'Univers. Avec Galilée, c'est l'existence du système solaire qui était mise en lumière, comme un cortège de planètes tournant autour du Soleil, planètes plus ou moins semblables à la Terre, ou du moins partageant avec elle le même statut.

Après Galilée, la Terre n'est qu'une planète parmi d'autres. Parallèlement, les planètes ne sont que des « terres » et non des corps appartenant au monde des dieux. L'astrologie ne semble pas le savoir, cette doctrine qui prétend que les astres ont une sorte d'intention, une influence, une action, sur la Terre, comme si cette dernière restait en quelque sorte le centre du monde, comme si elle persistait à être la Terre sans devenir une terre. Que je sache, l'astrologie ne s'est jamais posé la question de l'influence de la Terre sur Jupiter ou celle de l'influence réciproque des planètes. Au contraire, elle baigne dans l'anthropocentrisme le plus total et le plus irrationnel quand elle raisonne comme si les « forces » de tous les astres convergeaient vers notre planète et agissaient sur l'être humain et les événements de ce bas monde. C'est ce que pensaient les Anciens : que le monde entier était agencé autour de la Terre.

Depuis Galilée, les découvertes n'ont cessé de parfaire notre connaissance des astres. Maintenant que les sondes spatiales ont visité les planètes, comment continuer à nommer Vénus, Mars, Jupiter, Saturne, comme s'il s'agissait d'êtres doués d'une sorte de personnalité ? Depuis que nous sont parvenues les photos de leur sol et du relief de leurs satellites, comment oublier la réalité physique de ces astres ? Depuis que la science nous a appris de quoi sont constitués le Soleil, la Lune et les étoiles, et quelle a été leur histoire, comment passer sous silence ce nouveau savoir ? Comment oser parler des astres comme en parlaient nos lointains ancêtres ?

L'astrologie nous fait régresser à l'âge des ténèbres.  Au fond les astrologues, plutôt que voyants, sont de véritables aveugles. Plutôt que d'éclairer les gens, ils privent de vue ces derniers.

Si la démarche de l'astrologie revient à placer la Terre, et par conséquent l'homme, au centre du monde, cette doctrine est, dans un mouvement inverse, projection de l'homme et de sa pensée sur le cosmos puisqu'elle prête aux astres comme des sentiments humains ou divins. Vénus serait l'amour, Mars la guerre, etc. Mais la planète Mercure n'a rien à voir avec le dieu Mercure, Vénus avec la déesse de la beauté, Mars, Jupiter, Saturne, avec les dieux du même nom. Ce sont les humains qui ont attribué à ces astres sans vie un caractère personnel qu'elles ne possèdent évidemment pas. Les planètes sont des sphères solides ou gazeuses, inertes, douées de telles ou telles propriétés physiques avant d'être, comme le sous-entendent les propagateurs de l'obscurantisme, des divinités.

Cette projection n'est d'ailleurs pas propre à la seule astrologie (ce qui ne dédouane pas cette dernière à mes yeux !), car la tentation est grande pour l'humain de retrouver sa propre image dans le cosmos. Or, si l'homme se projette sur l'Univers, il ne peut pas en même temps prétendre étudier cet Univers en lui-même et pour lui-même. Chercher son propre reflet dans le monde comme dans un miroir, c'est refuser de connaître la vérité de l'altérité. C'est nier l'un des termes de la relation homme-univers, le monde qui nous entoure, pour ne retenir que soi-même.

Certes, notre situation a un côté angoissant. Le monde, je veux parler du cosmos, n'est-il pas proprement inhumain ? Il nous est étranger et nous dépasse infiniment. Nous ne pouvons vivre que sur notre Terre : les autres astres, Soleil, Lune, planètes, cailloux de l'espace, étoiles, sont totalement inhabitables. Sur les uns nous serions immédiatement brûlés, sur les autres nous péririons par manque d'air, de chaleur et de lumière. Aucun astre ne peut nous accueillir. L'espace intersidéral est non seulement inhabitable mais franchement hostile à la vie. On ne peut pas « adapter » la moindre parcelle de cosmos pour la rendre vivable. Mais si nous ne pouvons vivre que sur notreTerre, à quoi « sert » le cosmos (mis à part le Soleil qui nous fournit la source de vie qu'est la lumière) ?

Le cosmos est complètement inaccessible. Les distances qui nous séparent des autres astres sont tellement immenses que nous ne pourrons jamais atteindre mêmes les étoiles les plus voisines. Tout se passe pour l'homme comme si sa patrie, la Terre, et le système solaire dont elle fait partie, étaient isolés à jamais du reste de l'Univers. Pourquoi cette immensité de caractère absolu ?

La seule connaissance du monde que nous avons est intellectuelle. On pourrait rétorquer que l'organe de la vision nous permet de « voir » notre Univers mais ce serait oublier que nos seuls yeux sont bien trop faibles pour nous fournir une véritable connaissance du monde. Nous n'avons pas, à travers nos yeux, une vision directe et utile des astres qui composent l'Univers. La perception visuelle que nous avons du monde est indirecte car elle nécessite le déploiement d'un arsenal technique prodigieusement développé. Seule l'analyse d'observations effectuées à l'aide d'instrument gigantesques, complexes et coûteux permet de mettre le ciel, en quelque sorte, à notre portée mais ces opérations sont loin d'établir un contact immédiat entre l'homme et l'Univers.

Le monde reste pur objet de savoir scientifique aride quand nous aurions besoin d'une présence charnelle, d'un contact sensoriel, d'une intimité rassurante. Nous avons envie de nous mesurer au monde : il reste incommensurable, démesuré, hors d'atteinte. Notre corps bridé se révolte. Il ne supporte pas de demeurer pur esprit. Il voudrait voir, arpenter, voler, saisir, toucher, respirer des odeurs, entendre, parler.

Nous sommes immergés dans un monde qui reste infiniment distant. Lui qui nous héberge après nous avoir en quelque sorte « enfantés » (car nous sommes, physiquement parlant, constitués d'atomes, lesquels ont été fabriqués dans les étoiles) continue son histoire comme si nous n'existions pas et ne comptions pas. Alors qu'il nous a formés, le monde se révèle incapable de nous accueillir. Nous nous sentons abandonnés, comme si nous n'étions pas reconnus. Notre attente, notre demande, demeure insatisfaite.

C'est cet aspect inacceptable de notre situation qui peut nous conduire à humaniser artificiellement l'Univers ou à le poétiser, en lui prêtant des intentions et des sentiments qui ne sont propres qu'à la nature humaine. Mais la réponse est trop facile et faussement sécurisante.

Mal à l'aise dans d'ingrates équations qui n'étanchent pas sa soif de rêves et d'extases, incapable de consentir à ce que le monde ne réponde pas à ses voeux et refuse le contact, le scientifique peut en effet succomber à la tentation de parler de l'Univers avec les mots de la poésie, en mêlant donc l'affectivité et le rationnel. L'évangile nous rapporte que le Christ, en retraite dans le désert et après un très long jeûne, fut tenté de transformer les pierres en pain, voulant donc que celles-ci soient « dénaturées ». Mais les pierres ne sont pas de la nourriture. Le monde n'est pas vivant.

Ce n'est pas en déguisant ses équations abstraites sous des images poétiques, ce n'est pas en vantant lyriquement les traits et qualités de l'Univers, comme si ce dernier pouvait manifester des émotions, que le scientifique résoudra le dilemne qui, incontestablement, nous accable.

La dichotomie entre l'animé et l'inanimé existe : il est néfaste de la nier. La confusion est l'ennemi de la vérité. La voix de la science est une : elle ne peut être autre. Ce n'est pas celle du langage poétique. Si je martèle cette idée, c'est que je me méfie des dérives possibles, le sentimentalisme risquant de déraper, pour des personnes non averties, vers la magie et l'occultisme.

Projection de l'humain sur un ciel dépourvu de toute vie, l'astrologie est encore une « projection » dans le sens technique du terme car elle ne considère des astres que leur projection sur la voûte céleste en oubliant totalement l'effet de distance et en supprimant de ce fait la dimension radiale de l'espace. Elle ignore que certains astres sont plus proches, d'autres plus lointains. L'espace astrologique est à deux dimensions, comme si les astres se déplaçaient sur une surface, celle de la voûte céleste, tandis que l'espace réel est à trois dimensions. L'espace des astrologues n'a ni relief ni profondeur. L'astrologie se limite à la configuration des objets célestes, c'est-à-dire à la vision élémentaire de notre oeil, vision plate, incapable d'apprécier la distance.

On sait que l'on distingue dans le ciel des « constellations ». Ce sont des regroupements d'étoiles, arbitrairement définis, dans lesquels les Anciens ont voulu voir des figures animales ou mythiques que les dieux aurait dessinées dans le ciel. Mais ces regroupements ne sont que fortuits : ils résultent du fait que certaines étoiles se trouvent par hasard autour d'une même direction et se retrouvent donc voisines sur le ciel sans être réellement à courte distance les unes des autres dans l'espace.

Une constellation n'est pas un ensemble d'étoiles physiquement liées. Il arrive pourtant que des étoiles soient liées par la gravité, parce qu'elles sont nées ensemble au sein du même nuage de poussières géniteur. Il s'agit alors d'amas ouverts (par exemple les Pléiades dans la constellation du Taureau) ou d'amas globulaires (comme l'amas M13 dans la constellation d'Hercule). Le lien entre les étoiles de ces amas correspond bien à une réalité physique et non à un effet d'alignement optique, mais les constellations auxquelles elles s'intègrent sont purement arbitraires et la proximité des étoiles les unes par rapport aux autres n'est qu'une apparence.

Les astrologues aiment dire que le Soleil entre successivement dans les douzes « maisons » du zodiaque, c'est-à-dire traverse dans sa ronde céleste annuelle sur le ciel les constellations ou signes du zodiaque (Bélier, Taureau, Gémeaux, Cancer, etc.). Mais une constellation n'est justement pas une maison. (Pour mon propos, il est inutile de faire ici la distinction entre « maison », « signe » et « constellation. »)

Dire que le Soleil est dans le Taureau ne signifie nullement qu'il se trouverait physiquement dans un volume de ciel nommé « Taureau », comme s'il était venu se loger dans une maison. Les signes du zodiaque ne sont que les zones, aux frontières largement arbitraires, d'une sorte de toile de fond. Elles ne correspondent pas à une région localisée, à trois dimensions, de l'espace. Le Taureau, produit de notre imagination, n'existe pas dans le ciel mais seulement sur le ciel.

Ajoutons qu'il paraît illogique et absurde de penser que c'est la position apparente des planètes qui jouerait un rôle sur le destin humain et non leur position vraie. À la limite on pourrait admettre que la distance d'un astre déterminerait l'importance de son influence (si influence il y avait...), l'action étant d'autant plus forte que cet astre serait plus proche, mais on ne voit aucune raison pour qu'un simple alignement de planètes et d'étoiles ait un effet déterminant, puisque cet alignement, n'existant que dans la perspective d'un observateur terrien, n'est que relatif. Ce n'est que vu de la Terre qu'à telle époque le Soleil se trouvera dans la direction de ce regroupement occasionnel d'étoiles que nous appelons Taureau.

Abordons encore la question de la mesure quantitative des prétendus effets auxquels l'astrologie accroche son discours.

Dans ses errances, de tous temps et en tout lieu, l'astrologie a refusé et refuse toujours le verdict du calcul, du nombre et de la mesure. Ainsi, malgré tous ses efforts de constructions mentales complexes destinées à impressionner le quidam, elle reste au niveau le plus bas de considérations purement suggestives, évaluatives, donc superficielles.

Elle ne peut prétendre en cela être une science.

Voici un exemple particulièrement significatif de la nécessité impérieuse d'étayer toute proposition par un calcul. Il est relatif à l'influence que la Lune serait censée exercer sur l'être humain.

Nous savons que c'est la Lune qui est à l'origine des marées sur Terre (le Soleil contribue également à cette action, mais dans une moindre mesure). Maintenant, si l'astre sélène est capable de déplacer une masse aussi considérable que celle des océans, ne peut-on pas estimer comme « évident » qu'il puisse agir sur notre corps ? Cet argument en faveur de la réalité de l'influence de la Lune est souvent avancé par les personnes avec qui la discussion s'engage. La question, tout à fait juste, raisonnable et recevable, se pose en effet tout naturellement : si la Lune fait bouger les océans, comment ne ferait-elle pas remuer notre corps, et notamment par exemple le foetus que porte une femme enceinte ?

Pour répondre, la science fait le calcul. Voulez-vous connaître sa réponse ?

Sachez que la force de marée qu'exerce la Lune sur un individu est la même que celle qu'exerce sur ce même individu une voiture située à 100 mètres. Or cette dernière est négligeable, car si elle ne l'était pas, nous devrions être perturbés en permanence par le passage de tout véhicule ou par le voisinage de tous les objets qui nous entourent. Donc la force de marée exercée par la Lune sur un individu est insignifiante.

Comment comprendre la faiblesse de l'effet de marée sur une personne alors que nous constatons la puissance de la marée sur les océans ? Voici l'explication.

La force de marée que la Lune exerce sur les océans ne résulte pas de façon directe de la seule force d'attraction gravitationnelle de l'astre lunaire mais bien de la différence entre la force qui s'exerce d'un côté de la Terre et celle qui s'exerce de l'autre. Comme la force de gravitation entre deux corps diminue lorsque leur distance mutuelle augmente, les mers situées du côté plus proche de la Lune seront plus soulevées que les eaux du côté plus lointain.

Autrement dit, une force de marée est très précisément une force d'étirement. Celle que la Lune, supposée située au zénith dans le ciel, exercerait sur mon corps, si je me tenais debout, viendrait de ce que ma tête serait plus attirée que mes pieds, ce qui créerait cet étirement. Pour mon corps, la force de marée lunaire est insignifiante pour deux raisons. D'une part la force d'attraction de la Lune est extrêmement faible, puisque aux 65 kilogrammes que je pèse elle n'en retire que 2 dixièmes de grammes, d'autre part la taille de mon corps est trop petite par rapport à la distance Lune-Terre (qui vaut environ 400 000 kilomètres) pour que la différence entre l'attraction de la tête et celle des pieds soit appréciable.

En revanche, d'un côté à l'autre de la Terre, à quelque 13 000 kilomètres de distance - distance à comparer à la distance Terre-Lune - la différence de l'attraction lunaire joue le rôle que nous constatons dans le phénomène des marées.

En renversant le raisonnement, si la Lune avait une influence sur notre corps, alors il faudrait éviter de passer trop près d'un élephant, d'un autobus, d'un avion ou d'un immeuble, dont les forces de marées, plus fortes que celles de l'astre, comme nous pouvons le calculer sans peine, seraient susceptibles de nous perturber sévèrement, voire, horreur !, de nous écarteler.

Ceux qui affirment qu'il y a plus d'accouchements à la pleine ou à la nouvelle Lune seraient bien avisés de le prouver par des statistiques sérieuses. Ces statistiques n'ont jamais établi d'ailleurs qu'il existerait une quelconque corrélation entre la phase de la Lune et la fréquence des accouchements. Et si même une telle corrélation était mise un jour en évidence (on ne voit d'ailleurs pas pourquoi cette corrélation, actuellement inexistante, pourrait se mettre à exister du jour au lendemain), elle ne prouverait pas ipso facto que la Lune serait la cause directe du déclenchement des accouchements.

Les fervents de la Lune ne font que déplacer les vraies questions. En réalité les causes de déclenchement des accouchements demeurent encore bien mystérieuses et il est risible (ou honteux, selon l'humeur) d'invoquer la Lune avant d'examiner les vrais processsus biologiques qui accompagnent l'expulsion du foetus hors de l'utérus. Le calcul ci-dessus montre qu'il est inutile et absurde d'invoquer (« invoquer » : on pense à l'invocation d'une divinité !) l'astre de la nuit et ses prétendues influences, de nature mécanique, sur les organes de la mère.

Signalons enfin, dans cet ordre d'idées, que le même calcul montre que l'action par force de marée d'une planète typique, comme Jupiter ou Mars, est comparable à celle d'une orange placée à quelques mètres, c'est-à-dire totalement imperceptible. On comprendra dans ces conditions que le scientifique élimine définitivement toute possibilité d'une action des planètes sur les phénomènes terrestres.

La science, la vraie science, calcule, encore et toujours. À la limite, en exagérant, elle ne fait que cela. Par conséquent, qui refuse de calculer se coupe de la science.

À suivre



D'après un extrait du livre de Christian Magnan
Et Newton croqua la pomme...
Éditions Belfond/Sciences (1990)
Dernière modification : 26 septembre 2003


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