LA FIN DU MONDE ? SOUVENT ANNONCÉE, IMPOSSIBLE À PRÉVOIR




La fin du monde pourrait se produire par hasard à tout instant

Christian Magnan
Collège de France, Paris
Université de Montpellier II


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Le vingtième siècle aura vu la science se poser la question de l'anéantissement possible de l'ensemble de la biosphère terrestre. Avant cette idée pouvait apparaître chimérique ; maintenant, elle s'ancre dans des certitudes physiques.

Or, née d'un concours de circonstances imprévisibles dont l'enchaînement a sans doute un caractère exceptionnel, la vie est susceptible de disparaître dans les mêmes conditions : accidentelles.

La biosphère est fragile et vulnérable. Lorsque la science se dit capable de la former, et par conséquent de la protéger, comme si elle en connaissait les mécanismes de naissance, de croissance et de fonctionnement, il ne faut pas la croire : elle n'a aucune recette de fabrication, expérimentale ou théorique, qui soit sûre.

Prétendre, comme ont pu le faire certains scientifiques, fertiliser des planètes totalement mortes et sans atmosphère (comme Mars) relève de la science-fiction ou du domaine des hypothèses gratuites et invérifiées. Le fait qu'on ait inventé un nom pour désigner la transformation artificielle d'une planète en une terre présumée habitable, à savoir la « terraformation », ne rend pas pour autant le processus plus réalisable. Alors que la biosphère peut disparaître d'un moment à l'autre sous l'effet d'une variation intempestive de température ou de cataclysmes d'origine interne (éruptions volcaniques) ou externe (chute de météorites), sans que nous puissions intervenir, penser pouvoir la reconstituer, ici ou ailleurs, est pure utopie.

Notre chère planète est seule et unique. Irremplaçable.

Ce constat d'ignorance et d'impuissance partielle sur l'état de la biosphère ne veut évidemment pas dire qu'il faille interrompre tout effort de recherche à ce sujet : les études portant sur l'influence et la surveillance des activités humaines restent indispensables si nous voulons éviter une catastrophe. Et il vaut mieux soutenir les recherches dans ce domaine que dans celui de la « terraformation » d'autres planètes !

La science n'assure pas le contrôle des phénomènes physiques dont notre Terre est la scène, ni à petite ni à grande échelle. Il est frappant de constater l'impuissance des hommes face à la puissance des phénomènes climatiques catastrophiques qui ravagent perpétuellement des régions entières du globe. La science ne commande pas aux cyclones, ne programme pas les éruptions volcaniques et ne régit pas la dérive des continents.

Le caractère aléatoire du climat est bien connu : le hasard qui le gouverne (si on peut dire...) se manifeste à toute échelle de temps, aussi bien sur une semaine que sur un ou plusieurs siècles : on a affaire en quelque sorte à une superposition de cycles de périodes différentes.

L'invariabilité de la température sur Terre n'a pas été garantie par le(s) fabricant(s) de notre planète : les divers agents qui déterminent cette température et la régulent au mieux n'ont aucune raison visible, pour autant que l'on sache, de lui en assurer un niveau constant. L'équilibre moyen que l'on peut constater (mais qui a subi bien des fluctuations au cours des millénaires) semble précaire et sa stabilité ne résisterait pas à n'importe quelle épreuve : le fameux effet de serre, encore bien mal compris d'ailleurs, est capable de déclencher le phénomène d'emballement qui pourrait rendre notre Terre ou torride (telle Vénus) ou dépouillée de toute atmosphère protectrice (comme Mars) et dans ce dernier cas désertique et glacée.

Verrions-on un épisode irréversible de refroidissement ou de réchauffement se mettre en route (soit par la faute de l'homme, soit pour une autre cause occasionnelle) que nous devrions nous borner à le constater, quitte à nous voir mourir de froid ou de chaud, lentement, mais sûrement : nous pouvons difficilement imaginer une quelconque intervention humaine à ce niveau.

Par exemple les conditions dont bénéficie la Terre dépendent de façon cruciale de la quantité et de la qualité du rayonnement provenant du Soleil. Or, les astronomes (et surtout les géophysiciens, qui lisent dans les strates du sol l'histoire de la Terre) soupçonnent que le débit d'énergie solaire n'est pas demeuré constant aux cours des âges. Malheureusement ils ignorent tout des raisons et des modalités des variations de la luminosité solaire et sont incapables de prévoir comment le Soleil fluctuera dans l'avenir.

En résumé la science ne sait pas prédire l'avenir des conditions physiques sur Terre car celles-ci dépendent aussi bien de l'évolution interne du globe et de sa croûte solide et liquide que de l'influence externe du Soleil ; or elle ne contrôle ni les premiers ni les seconds facteurs.

La disparition de la biosphère - dont on voit mal comment elle pourrait ne pas se produire un jour, cette biosphère étant soumise à tant de dangers - n'est pas plus déterminée que ne l'était son apparition. Et puisque l'apparition de la vie n'était pas programmée au départ, autrement dit n'obéit à aucune nécessité d'ordre scientifique, ce ne sont pas les discours ou lois de la physique qui pourraient la faire apparaître une nouvelle fois : la science s'imagine-t-elle vraiment que toute cette histoire qui conduisit jusqu'à nous, sans lien directeur entre les événements qui la composent, pourrait se reproduire ?

Nous restons encore, pour la majeure partie de notre histoire, soumis au hasard (à ceci près que nous avons maintenant, hélas, le pouvoir de détruire toute vie). L'avenir est imprévisible : la science ne procure à la Terre aucune assurance-vie et la durée du bail dont nous jouissons n'est pas dictée à l'avance.

À suivre



D'après un extrait du livre de Christian Magnan
Et Newton croqua la pomme...
Éditions Belfond/Sciences (1990)
Dernière modification : 10 octobre 2000


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