ENTRE UNE FEMME ET UN HOMME, IL Y A DES DIFFÉRENCES




La science aurait tort de nier les particularités du monde, qui le rendent différent de l'image qu'elle s'en fait. Non, la femme n'est pas un homme comme les autres...

Christian Magnan
Collège de France, Paris
Université de Montpellier II

Nous avons montré que l'Univers est doté d'attributs qui n'ont rien à voir avec ceux de la science : existence, unicité et diversité. J'aime qualifier ces attributs propres au réel de « sexuels » pour signaler et souligner la radicalité de la différence qu'ils affirment. Nous avons vu que ces propriétés de la nature ne peuvent même pas se comparer à des caractères que les modèles théoriques possèderaient aussi. Non, ils sont absolument et définitivement autres.

La référence au sexe suggère également que les réticences des scientifiques à accepter que le monde soit indépendant de leurs propres vues sont liées à la difficulté qu'ont les hommes d'accepter l'existence de deux genres humains et de consentir à la pleine égalité entre ces deux genres. Autrement dit, en tentant de nier l'altérité du monde physique, l'homme ne fait que projeter des comportements typiquement masculins vis-à-vis de l'altérité féminine. Pourquoi le scientifique répugne-t-il à confesser la différence entre le monde qu'il vit et le monde qu'il étudie, mêlant les deux termes dans une assimilation hâtive et pernicieuse ? Parce qu'il éprouve la même difficulté à voir en la femme la « toute différente ».

Je pense que l'homme (qu'il soit de science ou non !) n'accepte pas volontiers la différence sexuelle, car cette différence fait surgir en face de lui un monde qui, très exactement, « s'oppose » à lui. Il préfère partir du principe que les femmes ne sont pas réellement différentes de lui-même, et que par conséquent il peut les ignorer en tant que telles et les assimiler à lui-même. Excluant ainsi les autres et tout ce qui est autre, il considère, avec la bonne conscience que lui donne le poids des traditions millénaires, que seul son point de vue est bon et universel.

Différence : j'ai certes schématisé à l'extrême dans la partie de ma réflexion qui, au-delà de la proclamation légitime de la rupture sexuelle, assimile en quelque sorte le masculin à l'intellect et le féminin au charnel. Il y a sûrement de quoi m'attirer les foudres de plusieurs féministes, risque que je prends et assume dès l'instant où je tente de parler des hommes et des femmes, en ayant l'impression de défricher un terrain vierge. Je ne doute pas un instant qu'il faille apporter maintes nuances à ce tableau sommaire. Néanmoins, à la double condition de ne pas faire dire à un schéma plus qu'il ne peut et de chercher à comprendre ce que j'ai voulu exprimer à travers lui - à savoir signaler des chemins qui semblent mener quelque part en nous sortant de l'impasse sociale actuelle - les grands traits du statut de l'homme et de la femme au cours des siècles sont assez bien tracés (pour le but que je poursuis) en ces termes simplistes. La société a fonctionné selon un tel schéma, en réservant souvent à l'être masculin l'exercice de la pensée et en confiant à l'être féminin le soin de la vie.

Bien entendu, cela ne signifie pas qu'il faille perpétuer cet état de fait. Loin de moi l'idée d'enfermer l'homme et la femme dans des catégories rigides et dans des rôles immuables. À mon sens les différences actuellement constatées au niveau du comportement individuel et social résultent de l'histoire vécue par l'humanité (histoire qui, en tant que suite non reproductible d'événements particuliers, n'a aucun caractère de nécessité !) et ne sont pas le fait d'un quelconque marquage au niveau des « gènes » !

De toutes façons, avant de chercher à discuter des caractères dont on les affuble l'un comme l'autre, il y a, sauf cas exceptionnels, et sauf à nier l'évidence, une façon somme toute assez classique et infaillible de reconnaître un homme d'une femme : je parle évidemment de la différence proprement physique. Suis-je trop trivial ? Ce que cette différence entraîne est intéressant à expérimenter. Pas tout seul, cela est forcément impossible, mais l'un et l'autre, l'un avec l'autre. Certains considéreront que la différence est secondaire, mais pour ce que je cherche à dire, je pense au contraire qu'elle est au noeud de tout le débat que j'engage car c'est elle qui fonde l'altérité.

Par analogie, pourquoi ergoter sur la question de la ressemblance entre le réel et l'image que la science projette sur le monde ? Il faudrait fermer les yeux pour ne pas constater entre les modèles imaginés et la réalité concrète les différences essentielles que nous avons fait ressortir.

Que l'humanité exploite toutes ces dissemblances : elle découvrira peut-être au bout du chemin une agréable surprise. Mon sentiment personnel est qu'en cette période de l'humanité qui ressemble pour moi à la décadence d'un monde appelé à disparaître, le seul espoir de vie nouvelle réside bien dans la rencontre potentiellement féconde entre hommes et femmes. Et j'essaye de souligner la part de responsabilité de la science pure et dure dans cette évolution.

S'il s'évertue à se retrancher derrière les remparts protecteurs de sa théorie, au royaume utopique du seul esprit, en oubliant de prêter attention à ses terrestres compagnes de fortune pour tenter avec elles la grande aventure, l'homme court le risque de végéter et de moisir dans la solitude du penseur de fond.

À suivre




D'après un extrait du livre de Christian Magnan
Et Newton croqua la pomme...
Éditions Belfond/Sciences (1990)
Dernière modification : 8 mars 2004


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