SCIENCE ET VIE     

  PAR

CHRISTIAN  MAGNAN



  À QUI JE M'EN PRENDS ?  

La réflexion que je mène dans ces pages est partie d'une indignation : celle d'entendre des astrophysiciens (souvent les plus médiatisés) s'exprimer sur la naissance du monde et l'émergence de la vie comme s'ils détenaient, à travers la théorie (par ailleurs juste) de l'expansion et de l'évolution cosmique, la capacité de comprendre l'histoire universelle, se trouvaient de ce fait investis par la science d'un savoir et d'un pouvoir quasi divins et possédaient finalement la réponse à nos interrogations existentielles.

Au centre de leur discours ils professent que la vie terrestre serait l'aboutissement d'une progression intentionnelle et directionnelle de l'Univers dont l'astrophysique et la cosmologie leur auraient livré les secrets.

Leurs prétentions ne sont pas justifiées.

Sur l'histoire de l'Univers, je leur adresse le reproche de ne pas faire la différence, pourtant absolument essentielle, entre le formalisme des modèles que notre pensée conçoit et la réalité des choses existantes. La reconnaissance de cette coupure entre l'abstrait et le concret forme ce que j'appelle le « thème de la pomme » (voyez pourquoi plus bas !). Par exemple la théorie du big bang, quelle que soit sa prodigieuse puissance explicative, est incapable d'engendrer, par pure décision du cerveau humain dont elle est issue, l'Univers concret où nous trouvons asile. Autrement dit, contrairement à ce qu'« ils » voudraient nous faire croire, la science n'est pas en mesure de créer l'Univers.

La vie : je prétends (en essayant dans la mesure du possible d'étayer mon argumentation) que bien qu'évidemment « permis » par les lois physiques cet événement constituerait l'exception absolue dans un univers où l'innombrable multitude des phénomènes déployés par la matière inanimée seraient la règle, tout aussi absolue. Processus inattendu, encore inexplicable et n'occupant qu'une place insignifiante dans le temps et l'espace du cosmos, elle ne pourrait certainement pas être vue comme le point de convergence des transformations successives de milliers de milliards de milliards d'étoiles.

Je regrette : aucun astrophysicien ne possède la qualité et la légitimité de délivrer un message sur le sens de l'existence.

La conduite de ceux contre lesquels je m'insurge, parce qu'elle relève d'un abus de pouvoir caractérisé, me fait irrésistiblement penser, attentif et sensible que je suis au discours féministe, à la sempiternelle tentative des hommes de vouloir soumettre les femmes. C'est ainsi - et ceci représente le second volet de ma réflexion, à côté de la discussion proprement scientifique - que j'analyse l'attitude de ces chercheurs comme, quelque part, un réflexe machiste de domination.

Seules les femmes ont le pouvoir de faire naître dans la chair l'être issu d'un rapport avec l'homme, c'est-à-dire le pouvoir de « réaliser » la « conception ». La maîtrise du vivant échappant de ce fait aux hommes, je développe l'idée que refaire le monde en esprit, c'est bien, de la part de ces derniers, tenter (en vain !) de reprendre la direction des opérations.

Confiant dans la fécondité potentielle du rapport entre les femmes et les hommes, je crois que le plein accomplissement de l'humanité passe par une redéfinition de ce rapport, qui donnerait enfin aux femmes leur juste place. Je plaide ainsi pour la reconnaissance de la différence (la coupure sexuelle) qui sépare le masculin du féminin et souhaite que l'exploitation de cette différence en fasse un lieu d'échange et de dialogue.

Parallèlement je soutiens que la façon dont les scientifiques voient le monde est liée à la qualité du regard que les hommes portent sur les femmes. Ainsi s'enchevêtrent le thème du rapport entre la science et le monde et celui de la relation entre les femmes et les hommes. Dans cette partition à plusieurs voix, on entend que la science, détournée de ses buts premiers, peut devenir entre les mains d'un homme mal intentionné un instrument de pouvoir. C'est cette volonté dominatrice que je cherche à dénoncer.


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Dernière modification : 8 janvier 2008